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La petite histoire :

Comment je suis devenue «taguera», artisane de « tagua »...




Par la force des choses, mon apprentissage du métier s’est fait de façon essentiellement autodidacte, en prenant la forme d’une quête, m’amenant à voyager autant à travers la matière qu’à travers l’Histoire, et même à travers l’Espace et les continents...

Un métier disparu et lointain

En France, le travail de la tagua est aujourd’hui méconnu, bien qu’il ait existé et connu une certaine notoriété au début du XXème siècle, dans les fabriques de boutons en « corozo », autre nom de l’ivoire végétal.

En Equateur, il recouvre au contraire tout un corps de métiers traditionnel : les «tagueros » et « tagueras » désignent aussi bien les ramasseurs-sécheurs de noix, que ceux qui les transforment, en font un premier dégrossissage, jusqu’aux plus talentueux maîtres-artisans de tagua, généralement spécialisés comme sculpteur, graveur, tourneur, teinturier…, qui collaborent entre eux.

Enquête historique et expérimentations à l’atelier

Histoire des boutons en corozoMon apprentissage est d’abord passé par un intense travail de recherches documentaires, suivies d’expérimentations à l’atelier, qui m’a amenée à redécouvrir les anciennes techniques du travail du corozo, dont les outils n’existent plus vraiment.


Pour essayer de les reproduire, je me suis intéressée à d’autres métiers, en essayant d’adapter leurs techniques et outils, d’hier et d’aujourd’hui, à mon matériau si particulier : ivoiriers, couteliers, tabletiers, mais aussi lapidaires, sculpteurs et tourneurs sur bois, etc, auxquelles j’ai emprunté des techniques d’ébavurage, polissage au tonneau, brillantage…

En 2009, une courte initiation à la taille de l’os avec un sculpteur du Nord de la France m’a donné quelques bases pour façonner et polir mes premiers prototypes de pendentifs en ivoire végétal, avec un simple touret.

Voyages en Equateur et retour aux sources du métier

Arbre à taguaKokobelli et Mario

Parallèlement, je me suis rendu en Equateur à plusieurs reprises et j’ai développé une collaboration privilégiée avec un de mes partenaires équatoriens, Mario, qui m’a transmis les bases du processus de teintes.

1er voyage en Equateur en 2010, visite d’une exploitation de tagua.

Apprentissage des teintes avec Mario.

Avec le temps, notre relation a évolué vers un mode de coopération et d’échanges de savoir-faire, qui reste somme toute assez inédit dans le monde artisanal. Ainsi, Mario me transmet certains savoir-faire techniques; de mon côté, je lui fais découvrir mes choix de design et les usages détournés que je fais de la tagua. Parfois, nous échangeons un secret de fabrication.

Au détour de mon dernier voyage en Equateur, j’ai fait l’acquisition d’un tour et je m’initie actuellement au tournage de la tagua, ce qui m’ouvre de nouvelles perspectives de créations.

Un apprentissage entre tradition et innovation

tagua, graine d'ivoire végétale
Au fil de mes recherches, j’ai découvert l’existence d’autres variétés de « palmiers à ivoire » et d’ivoire végétal : le palmier doum d’Egypte, l’umukoko du Burundi, le latanier rouge à La Réunion, le metroxylon des îles Caroline… Chaque variété a son histoire et ses spécificités.

Bijoux en ivoire végétalEn partenariat avec l’association Ti Zardin, j’ai mené un travail de recherche spécifique autour du latanier rouge, palmier à ivoire endémique de La Réunion. En étroite concertation, nous avons réalisé toutes sortes de tests pour adapter les techniques de fabrication traditionnellement utilisées pour le travail de la tagua, aux spécificités du latanier, de façon à présenter une petite collection en ivoire végétal « français »… Si d’aventure vous vous partez à La Réunion, vous pouvez visiter l’atelier de Ti Zardin à L’étang salé.

La suite du voyage

Ainsi, au fil de mes lectures et de mes rencontres avec des artisans d’ici et d’ailleurs, au détour d’expérimentations aux résultats parfois imprévus, je découvre et réinvente un métier insolite, quelque part entre le travail du lapidaire, de l’ivoirier, du boutonnier, du tourneur sur bois.

Je réinvente à ma façon le métier de « taguera ».

Pour autant, j’avoue que les possibilités de transformations de cette matière fabuleuse me semblent encore véritablement infinies, et par là-même mes propres perspectives d'apprentissage et de progression.

Pour en savoir plus, je vous invite à Me rendre visite à l’atelier.


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